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La Gestalt-Thérapie


  • Fondements théoriques et philosophiques de la gestalt-thérapie


  • Pour aller plus loin dans la compréhension de la Gestalt-thérapie, attardons nous sur les fondements philosophiques :


    Nous comprenons mieux l'aboutissement de cette nouvelle psychothérapie, baptisée Gestalt-thérapie lors de l'avènement du livre fondateur en 1951, en portant un regard sur les auteurs. Ses fondateurs principaux sont d'une part Fritz Perls et Laura Perls psychanalystes, créateurs de l'institut de psychanalyse en Afrique du Sud en 1933, qui émigrent à New York en 1940. Ils s’associent avec Paul Goodman, un éminent homme de lettres, un penseur, un philosophe et un sociologue controversé pour ses écrits, ses convictions et ses choix engagés... Paul Goodman rencontre avec intérêt les Perls, qui tous deux ont connu et travaillé avec K.Goldstein et d’autres auteurs du courant phénoménologique et existentiel. Avant de quitter l’Allemagne en 1933, Fritz Perls avait travaillé avec des célèbres psychanalystes tels que Karen Horney et W.Reich, et Laura Perls était une adepte de Husserl, une assidue des conférences de Paul Tillich et de Martin Buber. La méthode phénoménologique et l’approche existentielle comme base thérapeutique avait pris racine en Europe et elle se poursuivit avec Paul Goodman aux USA. Ensemble ils affirment leur conception de la nature humaine   - l'ajustement créateur continu de l'organisme et de l'environnement -  et ils apportent la base philosophique d'une nouvelle orientation en psychothérapie, tout à fait novatrice, tant dans sa théorie que dans son application clinique.  Le livre fondateur paru en 1951 de Perls, Goodman, et Hefferline a pour titre : « Nouveauté, excitation et développement ». La nouvelle anthropologie spécifique de Perls et Goodman nous propulse dans une façon de penser fondamentalement différente, en référence à la théorie du champ. Ces conceptions théoriques étaient d’avant-garde pour l'époque et annonciatrices des recherches actuelles en sciences et en philosophie. En effet, ce qu'il y a de novateur, c'est l’attention engagée du thérapeute à son patient en train de contacter son environnement ici et maintenant, c'est à dire toujours centrée sur le processus. Cette psychothérapie se démarque ainsi de toutes les autres psychothérapies actuelles et de la psychanalyse qui se centrent avant tout sur le sujet et sur l’organisation psychique du sujet ou sur son comportement .


    L’approche phénoménologique


    Les principes de base de la phénoménologie sont  aussi les postulats de l'approche en Gestalt-thérapie.   L'approche phénoménologique met en valeur l’indissociabilité organisme/environnement, et l'importance de s'inclure dans l'expérience afin d'accéder à la connaissance, au sens. 

    C'est une approche qui sort du fait d'expliquer les choses, qui ne cherche pas les liens de causalité. On ne cherche pas à savoir pourquoi, on regarde comment. C'est une approche qui ne cherche pas à découvrir, découvrir dans le sens d'enlever la couverture, d'enlever le masque qui révélerait ce qu'il y a dessous. Le sens apparaît dans une construction à partir ce qui est là, de ce qui se donne à voir déjà là.  


    Phénomène : étymologiquement : ce qui apparaît, ce qui se montre, ce qui se révèle, et ce n'est pas de la démonstration, ce n'est pas de l'explication, c’est de l’explicitation, de la description.


    Le seul point d'accès à la réalité, c'est la conscience ici et maintenant. La réalité et c'est ce dont j'ai conscience à un certain moment. On est constamment en train de fabriquer de la réalité, celle-ci n'est jamais terminée. Il est impossible d'exister autrement que dans l'ici le maintenant, c'est un postulat phénoménologique.


    En pratique, pratiquer l’épochè

    Le problème est d’accéder à la connaissance et c’est l'expérience nous donne accès à la connaissance. Mais ce que j’en connais a priori va clore, va diminuer, voire rétrécir mon expérience et en réduire la connaissance, le sens. La méthode de la réduction phénoménologique est une manière d'approcher la connaissance du monde et du sujet en soulignant la singularité du sujet et la valeur de son vécu comme quelque chose de signifiant.                                         La réduction phénoménologique, l'épochè, c'est mettre en suspens tout ce que je connais pour construire du sens autrement qu'avec l'orientation habituelle, qu'avec l'évidence naturelle.

    L'expérience première de conscience avec un objet, (quel que soit cet objet, que ça soit quelque chose que je vois, que j'entends que je touche, un souvenir, une construction imaginaire, un sentiment, la manière dont je suis affecté, la manière d’aimer, ou de haïr etc.). l'expérience première de conscience nous fait accéder à un sens premier : en effet la conscience est une activité de synthèse, une perception de l'ensemble, une construction signifiante, une mise en évidence d’une figure, ou gestalt. À partir de cette expérience première, le travail de l'épochè est de déconstruire l'évidence naturelle en tournant autour pour arriver à une autre évidence, un autre éclairage, celle du phénomène.


    Phénoménologie et gestalt-thérapie


    Le but de la thérapie en Gestalt-thérapie n'est pas l'analyse de l'inconscient mais l'accroissement du champ de la conscience et la restauration des capacités de choix. Bien sûr cette finalité est semblable à d'autres thérapies, mais la gestalt-thérapie est  singulière dans la méthode centrée sur le processus et dans la posture utilisée comme levier thérapeutique.

    En partant du principe que la seule chose à laquelle j'ai accès c'est mon expérience et que l’expérience nous amène à de la connaissance, la description du vécu de quelque chose peut nous amener à une donation de sens.

    En Gestalt-thérapie, le thérapeute informe le patient de son expérience : il l'informe de ce qu'il ressent, de ce qu'il comprend, et comment il le comprend. Le regard est porté sur l'expérience et sur la mise en évidence de la structure de cette expérience. Le déplacement du regard est sur l'expérience et non sur l'objet, c'est un regard sur le processus.

    Porter le regard sur le processus, sur la structure de l’expérience dans une totalité et non sur des aspects circonscrits est une spécificité de la gestalt thérapie.


    Le développement de la phénoménologie


    La phénoménologie est un courant de philosophie qui apparaît au XXe siècle, avec Brentano et Husserl. Husserl est philosophe et il reprend la question classique en philosophie, "qu'est-ce que connaître".

    En reprenant la question du connaître en philosophie à travers les siècles jusqu’à Husserl, on voit que depuis Platon l'âme fait partie du monde des idées et avant l'incarnation l’âme à la connaissance absolue. La connaissance s'est donc retrouver ce que l'on a perdu. C’est retrouver ce que l'on savait déjà et à partir de là l'on va considérer que les idées sont plus parfaites et plus réelles que les choses matérielles, et connaître c'est toujours reconnaître ou retrouver quelque chose. Ce point de départ marque l'évolution ultérieure en développant le dualisme (séparation de l’âme et de la matière, le primat du concept sur le sensible, le ressenti) qui sera repris et poursuivi par les religions chrétiennes. Ce qui est important ce sont les idées, et la croyance que l'on peut tendre vers la connaissance absolue.  C'est ainsi jusqu'au XVIe siècle où les faits et l'expérience reprennent de la valeur avec Descartes (introduction du doute, de la conscience, du sujet et de la rationalisation), puis Hume (toute connaissance provient de l'expérience). Le XIXe siècle tente de critiquer l'idée de l'accès à une vérité définitive. On arrive à cette idée, que la plupart du temps je n'ai accès au monde tel que je le vois, tel que je le perçois, et non pas tel que je le connais. C'est le renoncement à l'idée de la connaissance absolue. Et Kant appelle cela des phénomènes, c'est-à-dire la chose telle qu'elle m'apparaît.

    Au XXe siècle Husserl va plus loin : puisqu'on n'a pas accès à la chose elle-même, laissons la connaissance de côté. Arrêtons de poser la question de savoir, de connaître. La seule chose à laquelle nous avons accès c'est l'expérience que nous faisons du monde. La réalité du monde nous n'en savons rien. Tout ce qui est invérifiable nous le laissons de côté. La posture phénoménologique c'est de dire que la seule chose à laquelle nous avons accès c'est l'expérience. Dans une approche phénoménologique la notion d'inconscient en tant que structure, entité n'a pas de sens. Dans notre travail gestaltiste, l'idée sera de revenir sans cesse à l'expérience, et de laisser de côté ce dont on ne peut pas faire l'expérience consciente.

    Husserl donne une méthode qui est de faire le tri de ce dont nous pouvons faire l'économie et de ce dont nous ne pouvons pas faire l'économie. La phénoménologie n'est pas une doctrine mais une méthode. La phénoménologie est une manière de regarder pour accéder à de la connaissance, à du sens, et lorsque nous nous focalisons sur le vécu de l'individu, nous accèdons à la question de l’existence.

    C'est une méthode qui se base sur une philosophie, ou plutôt sur une perspective qui rejette la philosophie comme vision du monde. La philosophie comme vision du monde c'est le fait de concevoir des théories sur le monde. C'est une position métaphysique. C'est une conception basée sur la séparation de l'homme et de la matière, conception dualiste qui déterminera la pensée occidentale jusqu'à nos jours. La métaphysique produit des thèses pour prouver, pour démontrer, pour examiner les propriétés de l'humain (idéalisme, réalisme, matérialisme, empirisme, le spiritualisme, constructivisme, etc.). Une thèse c'est dire par exemple : le beau est le bien, ou bien le beau est la vérité saisie dans l'ordre esthétique. L'empirisme est une thèse : dire que toute connaissance provient de l'expérience est une thèse. En phénoménologie l'expérience amène à une connaissance, et la phénoménologie n'a aucune théorie présupposée quant à la nature de la connaissance.